L'Ogresse de Paris

mercredi 26 novembre 2014

La citation du jour: William Butler Yeats

« Eduquer ce n’est pas remplir un vase, c’est allumer un feu.  »

 William Butler Yeats

 

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dimanche 23 novembre 2014

La citation du jour: Rainer Maria Rilke

« Durant des années et des années, il a vécu tout entier dans cette figure. Il a visité le pays natal de Balzac, les paysages de touraine. Il a lu sa correspondance. (...) et lentement, de forme en forme, grandit la vision de Rodin. Et enfin il le vit. Il vit un corps large au pas puissamment allongé qui perdait toute sa lourdeur dans la chute du manteau (...) C'est ainsi que Rodin a vu Balzac, en un instant de concentration formidable et de tragique exagération , et c'est ainsi qu'il l'a créé. La vision ne s'évanouit pas : elle se réalisa. »

Rainer Maria Rilke

 

Étude de robe de chambre, recherche pour le monument à Balzac par Auguste Rodin, plâtre et tissu, 1897, Musée Rodin, 19 avenue Auguste Rodin, Meudon, Hauts de Seine

samedi 22 novembre 2014

Polychrome: les couleurs de l'arc en ciel mais pas que !

Curieuse un jour curieuse toujours! Depuis l'année dernière j'assiste quelques fois aux chouettes rendez-vous proposés par l'association Polychrome. Une façon d'aborder la culture sous d'autres angles, de découvrir de nouveaux artistes ou d'anciens qui m'étaient inconnus, d'approfondir aussi des réflexions sur l'art par le biais d'expositions, de conférences et plein d'autres choses encore. J'ai passé  à la question Renaud, le président de l'association, pour en savoir plus..

polychrome affiche

Bonjour Renaud. Alors c'est quoi polychrome ? Est ce que tu peux nous parler un peu de l'association ?

Bonjour Sophie ! En quelques lignes, on avait trouvé une belle formule pour présenter l'association. Je recopie :

Intempestif, fenêtre sur corps, table de dissection des stéréotypes, palette de contre-cultures, Polychrome propose des événements autour de la représentation du corps, du désir et du genre.

N'ayez crainte, la flânerie, même sans garde-fou, ne mène finalement... Qu'ailleurs.

Ca laisse rêveur non ? Pour être un peu plus précis, ce qu'on organise, c'est surtout des conférences, des visites guidées d'expos, pour lesquelles on essaye d'avoir si c'est possible le ou la commissaire, et des projections. On crée aussi beaucoup de partenariats avec d'autres structures, comme des festivals ou des soirées, qui nous permettent de proposer aux adhérents des invitations ou des tarifs préférentiels.

 

D'où est parti le projet?

Cette année on fête nos cinq ans (et on a un beau CV). A l'Ecole du Louvre, j'avais rassemblé un petit groupe pour essayer de monter le projet. On voulait explorer des thématiques qu'on avait pas vraiment l'occasion de voir en cours, et surtout les partager. On voulait dynamiser la vie étudiante et exciter notre curiosité intellectuelle et celles de nos camarades. Et puis on a grandi, l'association s'est beaucoup ouverte à l'extérieur, on s'est déplacé dans d'autres lieux, on a rencontré pas mal de monde, ça s'est construit comme ça. L'année dernière, on a eut plus de cent adhérents. Ca serait chouette qu'on arrive à toucher encore plus de monde cette année.

Pourquoi avoir créé cette association dans le cadre de l'école du Louvre ? Et si on n'est pas étudiant alors?

Ce qui était intéressant, c'est qu'il n'y avait pas vraiment à l'époque de militantisme sur les questions culturelles. Or, à l'Ecole du Louvre, on avait les ressources pour mettre cette approche en place. Les portes des musées nous sont ouvertes, et c'est très facile d'inviter des conférenciers.

Le problème qu'il y avait, c'est que là-bas, l'enseignement est très académique, parce qu'il faut voir beaucoup de choses, en peu de temps, alors on ne peut pas s'arrêter sur certains détails, qui nous, nous intéressent. On a par exemple été voir le prof d'histoire médiévale, pour lui proposer de parler du piercing au Moyen Age. Il avait écrit un livre sur le sujet, mais évidemment, il n'en avait parlé en cours. L'avantage, en contrepartie, de la "philosophie" de l'Ecole du Louvre, c'est qu'elle est fortement basée sur la culture visuelle, c'est jamais de la théorie pure. Ca permet de se raccrocher à des images, et ça permet en quelque sorte de s'adresser à tou.te.s.

A partir de là, c'est pas grave si on est pas étudiant, ni spécialiste de l'histoire de l'art. Il suffit juste d'être curieux/se. On conçoit des formats d'événements très variés : on a fait des conférences sur le genre, sur la libido dans l'art moderne, sur l'iconographie de l'homosexualité dans la Bible, comme sur le bikini ! On a visité des expos sur le punk, les surréalistes, le cannibalisme dans l'art contemporain ou des choses plus classiques à Orsay, Pasolini à la Cinémathèque ou Mapplethorpe au Musée Rodin.

Polychrome cela évoque toutes les jolies couleurs de l'arc en ciel, symbole choisi par la communauté gay. En quoi est ce important de s'interroger sur le genre dans notre société ?

Au départ, on était positionné comme une association LGBT. Et puis rapidement, on s'est rendu compte que ce qu'on proposait, ça tournait pas tellement autour des questions identitaires, mais que c'était plus vaste. On parle des minorités sexuelles, et on essaye de faire modestement avancer les choses en explorant des sujets et en donnant de l'information, mais nos thématiques, c'est la représentation du corps, du désir et du genre. L'intérêt, c'est que ça permet de s'adresser à tout le monde. Par exemple, on a fait beaucoup de chose sur les différentes formes de féminismes, soit des projections ou soit des expos. C'est aussi en mettant en regard une pluralité de formes de contestations, politiques, artistiques, qu'on produit de la réflexion et qu'on se pose des questions intéressantes. En tous cas c'est comme ça qu'on construit nos programmations.

On parle d'étude de genre ou gender studies, beaucoup plus développées dans les pays anglo-saxons. Mais il semble qu'il y ait un réel retard ou décalage en France sur ces recherches...

C'est certain. Avec Polychrome, on essaye de donner la parole aux chercheurs, et il y en a quand même de plus en plus, qui justement s'intéressent à ce champ de recherche. On a invité l'année dernière deux jeunes doctorants, Norman Ferey et Eve Gianoncelli à venir nous parler d'un aspect de leur thèse : le premier sur la notion de genre dans la performance en France à partir des années 70, la seconde sur l'érotisme, le genre et le travestissement dans l'œuvre de Claude Cahun. A l'égard des jeunes chercheurs, Polychrome est un espace de parole. On a aussi eu des personnalités très importantes, comme François René Martin, qui est professeur d'histoire de l'art aux Beaux-Arts sur une conférence sur Ingres et les gender studies, qui expliquait comment les féministes avaient pu attaquer, puis par la suite nuancer leurs critiques sur un artiste qui paraissait à l'époque comme profondément misogyne.

L'association passe par les domaines artistiques pour explorer la question de la sexualité...

Ca revient un peu à ce que je disais tout à l'heure comme : il y a très peu d'associations qui se revendiquent d'une forme de militantisme culturel sur ces thématiques. Il se trouve qu'à Paris, il y a beaucoup d'institutions ou d'associations qui ponctuellement proposent des spectacles, des films, des expos en rapport avec le corps, le désir ou le genre. Notre travail, c'est d'abord de les repérer, puis de rassembler, pour pouvoir, chaque mois, proposer à nos adhérents une dizaine d'événements. On fait avec ce qui existe, et puis on apporte notre petit grain de sel. On a quand même organisé 10 conférences l'année dernière. En 2011 et 2012, on a aussi par exemple proposé pour la Saint Valentin des projections de courts métrages expérimentaux érotiques et pornographiques. C'était complet.

As tu des artistes et des lectures à conseiller pour des néophytes sur les thématiques abordées par Polychrome ?

Il faut venir aux conférences ! Nous, après, on est pas tellement spécialiste de la littérature, ni même comme je te disais de la théorie. En revanche, on est en train de créer un partenariat avec la librairie Les Mots à la Bouche, pour renforcer ce pan notre programmation. Ils proposent très fréquemment des rencontres/débats avec des auteurs qui souvent écrivent sur les minorités, le désir, les corps.

Après, à titre personnel, si j'avais deux petites références à donner : j'aime beaucoup le travail de Dominique Baqué, qui est une bonne spécialiste la photographie contemporaine, et qui a écrit un ouvrage qui s'appelle Mauvais Genre(s) : Erotisme, pornographie, art contemporain (2002, Editions du regard). On pourrait aussi citer, sur la relation entre le genre et l'histoire de l'art, le beau livre de Catherine Gonnard et Elisabeth Lebovici qui s'appelle Femmes artistes/Artistes femmes (2007, HAZAN), mais il y en aurait beaucoup d'autres...

 

Oui je connais Dominique Baqué, j'ai eu la chance de l'avoir comme professeure d'histoire de l'art lors de ma formation d'art thérapeute. En effet c'est une bonne référence. Je n'ai pas lu cet ouvrage ni l'autre que tu cites, je note tes conseils.

Cette année il y a du des visites guidées avec des commissaires d'expo, des conférences avec des chercheurs, des soirées. Peux tu revenir pour nous sur les temps forts, les belles découvertes de 2013/2014?

Bien sûr. Aux Arts décoratifs, on a commencé l'année par un marathon de plus de deux heures de visite avec le commissaire de son exposition sur la Mécanique des dessous. Les corsets, les braguettes, les faux culs, on est incollables !

Ah oui j'avais aimé cette exposition aussi, j'en avais parlé là...

Côté projections, on a eu la chance de pouvoir inviter Gérard Koskovich, un des fondateur du Musée LGBT de San Francisco pour introduire une séance sur l'apparition du sida en Californie. Chaque année pour le 1er décembre, journée mondiale de lutte contre l'épidémie, on organise un buffet caritatif pour le Sidaction à l'Ecole, et un événement, conférence ou film.

On a aussi fait une visite un peu spéciale sur le plaisir homosexuel illicite dans l'espace public, avec un jeune urbaniste, au Jardin des Tuileries.

Parce qu'on est partenaire du Paris Burlesque Festival, depuis un certain temps, on a pu assister à des revues assez folles : la Nuit Fatale ou la Nuit Clandestine à la Bellevilloise.

Les amateurs d'electro ont eu des invitations pour aller écouter Zombie Zombie en ciné-concert sur des films scientifiques des années 50 de Jean Painlevé à l'Auditorium du Louvre, ou Du passé faisons table rase, le concert performance de Sexy Sushi et Théo Mercier au Festival Exit à Créteil.

Les cinéphiles ont découverts stupéfaits le dernier Peter Greenaway, ont revu des courts de Kenneth Anger, ou le documentaire sur les Pussy Riot au Festival Jerk Off.

On peut dire qu'il y en a pour tous les gouts...

Il semblerait que le programme de la rentrée soit aussi des plus alléchants...

Ô oui ! A partir de novembre, on ne nous arrêtera pas. La liste des expos n'en fini plus : Sade à Orsay, Hedi Slimane à la Fondation Pierre Bergé, Inside au Palais de Tokyo, Tatoueurs Tatoués au Quai Branly ou David Bowie à la Cité de la musique...

Les sujets de conférences qui nous font rêver : La plasticité du désir, la figure de la vanité dans les films de zombies, les stéréotypes dans les médias, le vocabulaire des transidentités ou encore les usages de la pornographie...

Et tous les partenariats qu'on renouvelle, pour ceux que je n'ai pas mentionnés : qui permettent aussi de gagner des places à des soirées pour danser à la WET for me, la House of Moda, aux Amours alternatives, à la Culottée et j'en passe !

 

Et maintenant, que tu nous as donné envie que doit on faire si on veut participer à des rendez vous et/ou rejoindre Polychrome?

 

La première chose à faire, c'est de nous écrire un petit mot pour recevoir la newsletter. Notre adresse : polychrome.edl@gmail.com.

Pour participer aux événements, de manière générale, personne n'est obligé à adhérer. C'est contre nos principes. Mais sachant que notre jolie carte ne coute que 5 € pour les étudiants et 10 € pour les autres, et que c'est ce qui nous permet de fonctionner, c'est quand même recommandé ! C'est aussi ce qui vous donne droit aux tarifs réduits, et aux invitations pour certains événements.

Si vous souhaitez aussi vous investir ou nous proposer vos projets, on a besoin d'aide et toute nouvelle idée est bonne à prendre !

Pour celles ou ceux qui n'auraient pas Facebook, on a aussi un site magnifique, où vous pourrez aussi retrouver notre "CV" : polychrome-edl.fr ! Et on organise régulièrement des apéros pour rencontrer l'équipe et échanger autour de la programmation.

Merci beaucoup Sophie.

 

Merci à toi Renaud et plein de bonne chose pour polychrome!

polychrome logo

jeudi 30 octobre 2014

La citation du jour: Ronsard

Pour obsèques reçois mes larmes et mes pleurs,
Ce vase plein de lait, ce panier plein de fleurs,
Afin que vif et mort, ton corps ne soit que roses.

 

Ronsard, Amours

 

 

Vase aux Roses, Van gogh

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mercredi 29 octobre 2014

La citation du jour: Jacques Viallebesset

"Oui comment ne pas penser d’abord à toi
A tes caresses comme une odorante verdure
A tes élans puissants traduits dans un murmure
A la source de vie que tu portes en toi"

 

Jacques Viallebesset, l’écorce des cœurs, 2011

 

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vendredi 24 octobre 2014

Ballade avec Loïs Low (piste 2)

 Hello Loïs! Hier on a discuté de ton parcours et ta pratique de plasticien... Je me demandais d’ailleurs y a-t-il un artiste, une expo, un film ect que tu nous recommandes en ce moment ?

Un film, j'ai vu il y a peu « La Grande Bellezza » et j'ai adoré, tout y est magnifique, les plans, la douce amertume du personnage principal, l'élégance à l'italienne. Ça me donne envie de voir d'autres films de Paolo Sorrentino.

 

Une expo, celle du Tripostal sur des collections privées flamandes, il y a certaines aquarelles et peintures de Michaël Borremans, dont le travail est inspirant. On y trouve la mort, le sexe, l'étrangeté mais aussi beaucoup de douceur et d'humour. Ça me touche particulièrement. 

 

Tu as également un talent de musicien. Tu me fais tellement rire avec ta chanson Dunkerque ! C’est tout un autre pan de ta personnalité que l’on découvre via les chansons. Est-ce que cette sensibilité ne pouvait être exprimée en images visuelles mais seulement en sons et mots ?

J'entretiens un  rapport différent avec la musique, c'est beaucoup plus irréfléchis, ça vient moins du cerveau que des tripes et du ventre, même si « Dunkerque » est assez écrite il y a quelque chose de l'ordre de la pulsion, comme un jeu de mot qui vient, un lapsus ou quelque chose qui sort sans qu'on sache vraiment pourquoi. Là c'est partit d'un couple, qui, le lendemain d'une soirée, repartait sur Dunkerque. J'ai dis sans réfléchir « ahh, Dunkerque ! » et c'est devenu un refrain. Les paroles, l'idée de faire jouer histoire entre un homme et une femme sur fond social c'est venu après. Et ça se veut toujours léger. J'essaie de trouver aussi cette légèreté dans les dessins, c'est juste que la méthode est différente.

lois 2

Les deux sont ils complémentaires ? Tissent des liens ?

Tu es passé par la sculpture aussi…

Je pense qu'il y a parfois des liens entre mes chansons et mes dessins, mais pas systématiquement . Disons que ceux sont deux bébés dont je suis le père, il n'est pas anormal d'y retrouver de ma personnalité dans chacun mais  ce n'est pas réfléchis au préalable. Certaines compos se veulent plus visuelles, je pense nottament à « Jenny Ann » qui est une composition en anglais, je la visualisait en la créant. J'ai eu l'image surréaliste d'une fille qui marche sur la plage et d'un œil gigantesque qui la suit, un paysage d’Irlande un peu, du vent aussi..Il y a sans doute plein de liens que je ne voie pas. Finalement c'est le boulot des autres ça, moi je produis;)

Dans mon rapport à la sculpture il s'agissait, comme je l'ai dis au début, de faire jouer des traits et masses dans l'espace. C'est la même chose avec le dessin ou la peinture finalement. C'est juste qu'il y avait une dimension de plus, la profondeur. Et bien sur d'autres notions..équilibre, propriété des matériaux (draps, plâtre etc..). J'ai même peint avec la nourriture à la Michel Blazy, mais le côté incontrôlable et éphémère avait ses limites.

Sur ton site un petit clin d’œil à la Normandie. C’est quoi une torgoule artistique ? 

Une torgoule artistique ? Tu fais sans doute référence à un des chapitres du site qui se nomme ainsi. Normalement on doit dire « teurgoule » ! C'est un mot normand un peu transformé:) C'est un genre de riz au lait normand, il y a quelque chose d'assez foutraque je trouve, de costaud par l'accumulation, je trouvais ça drôle de nommer un ensemble de dessin sous ce dénominateur. J'aime le mot et sa sonorité, il y a quelque chose de décalé. Et puis, si je ne me trompe, ça vient de 'tordre' la 'goule' (le visage) c’est donc très visuel !

Tu vis à Lille en ce moment après un moment à Paris. Est-ce que tu sens un changement dans ta façon de créer selon l’endroit où tu es ?

En revenant à Lille j'ai récupéré l'espace de vie perdu à Paris, les loyers et la vie étant moins chers. J'ai  désormais une salle qui me sert d'atelier, je peux donc produire plus. Néanmoins j'ai adoré Paris et c'était très inspirant. Donc j'y reviendrai assez régulièrement. L'endroit ou je crée en soit importe peu en soi, ce qui compte c'est surtout l'espace et le calme ( pour ce dernier point c'est pas encore l'idéal mais bon on fait ce qu'on peut avec ce qu'on a).

 

Des projets ?

Une exposition Lilloise de quelques dessins au Bartabas (un bar à Wazemmes) qui débutera en novembre.

Concernant ma production je suis sur un dessin qui part d'une vue de la place de Lille avec des passants...ça risque déraper bientôt, à suivre.

Pour ce qui est de ma visibilité, je cherche à exposer dans des galeries, parisiennes et/ou lilloises.

à bons lecteurs...

 

lois 1

Merci Loïs pour ta générosité et à bientôt à Paris ou  à Lille !

 

Et pour voyager dans ton univers on peut visiter ton facebook et ton site web.

jeudi 23 octobre 2014

Ballade avec Loïs Low (piste 1)

Loïs est talentueux. Loïs est prolixe. Loïs est bavard. Alors pour une fois, au lieu d'un article le blog le met à l'honneur aujourd'hui et demain pour découvrir toutes les facettes de cet artiste à suivre! 

dessin 1

 

Bonjour Loïs, ravie de t’accueillir sur le blog. Cela fais quelques mois maintenant que je me régale de tes illustrations, j’avais très envie de les partager avec les lecteurs. Est-ce que tu peux nous parler un peu de ton parcours artistique. Comment es tu venu à l’illustration ?

 

Bonjour,

Merci de m’accueillir dans ton univers et sur ce blog.

Je suis issu des Beaux Arts de Cherbourg et de Valence ou j'ai obtenu mon DNSEP (Diplôme National Supérieur d’Études Plastiques). Je me suis d'abord considéré comme peintre, et ce dès ma première année aux Beaux-Arts, même si j'ai touché à l'installation et à la sculpture. Le dessin existait à la fois comme croquis préparatoire puis progressivement comme œuvre à part entière. Mes recherches plastiques s'inter-croisant et s'inter-pénétrant durant ces années. Par exemple lorsque je posais des draps ou des objets en plâtre dans l'espace de l'atelier, je me pensais comme un dessinateur et un peintre dans l'espace tridimensionnel, il s'agissait de sortir de la toile ou je peignais pour lui faire prendre corps dans l'espace. Je considérerais chaque objet comme trait ou volume. Progressivement je suis revenu au  supposé classicisme de la toile et de la  feuille blanche, au dessin et à la peinture en deux dimensions (si l'on omet le volume des couches de peintures).

dessin 2

Et ce trait si particulier ? Le noir et blanc s’est –il imposé vite comme une évidence ou as-tu au contraire expérimenté d’autres voies avant de trouver la tienne ? Côté technique comment tu procèdes ? Comment démarres- tu un dessin ? Quel outil utilises-tu ? Fais tu des croquis préparatoires ou es-tu plutôt dans le « premier jet » ?

Au début je faisais des plus grands formats, au fusain, au crayon de bois, j'utilisais différentes techniques. Je coulais du plâtre sur des draps, j'étudiais le drapé, en dessin puis en sculpture. Il y avait quelque chose d'assez baroque dans tout ça je crois. Je jouais avec les masses colorées des objets dans la pièce, parfois par accumulation. En sortant des Beaux-Arts je me suis retrouvé  sans atelier, j'ai donc du composer avec l'espace de mon appartement.  C'est donc ce type de contrainte d'ordre pratique qui m'a conduit à travailler sur feuille et de revenir à de plus petits formats. J'y ai repris goût et ne l'ai jamais vu pour autant comme une frustration, mais plutôt comme un retour à quelque chose de 'non aboutit' et comme un défit. Durant mon parcours éducatif je cherchais à faire 'sortir' le dessin ou la peinture de la toile ou de la feuille, à m'étaler. Par la suite je cherchais à être de plus en plus précis. Il me fallait utiliser un médium adéquat. Quelque chose de fin, le plus fin possible.  Un jour j'ai découvert le stylo Uni Pin noir 0,05 m, ça a été une révélation.

Ce trait particulier est  donc venu essentiellement du médium utilisé: le stylo noir le plus fin possible.

dessin 3

Pour ce qui est de la méthode j'essaie d' avoir un minimum de rigueur (dessin préparatoire par exemple, justesse dans les proportions) puis de me détacher au bon moment de celle ci.

En art plastique comme en musique, je considère que la différence entre un très bon technicien et un artiste réside dans cette capacité à se détacher de la contrainte et du rigorisme académique, au bon moment. C'est cet instant qui est le plus dur à trouver. Je tiens à préciser, avant de passer pour un énorme pédant que je me considère très rarement comme un artiste. Mais je cherche le juste équilibre entre structure stable et perte d'équilibre. L'hyper- réalisme m'ennuie, techniquement j'en suis incapable, et tant mieux:) . En musique c'est la même chose. Ce qui m’intéresse et ce vers quoi je tends c'est le rond dans l'eau au moment où la goûte de pluie vient de tomber. Ce qui trouble le calme plat. Pour qu'il y ait instabilité, il faut qu'il y ait stabilité au préalable, c'est pourquoi j'ai besoin de la structure de base. Pour mieux la tordre. Il y a souvent une forme reconnaissable, quelque chose que je veux familier, ensuite, j'essaie de le saper, de me tirer dans le pied, de troubler la lecture ou d'emmener vers un ailleurs, quelque chose de plus flou, de moins rassurant peut-être.

dessin 6

Tes dessins sont en noirs et blancs, mais parfois une touche de couleur fait son apparition. Est-ce que celle-ci est pensée au départ ou est-ce un surgissement une fois le trait posé ?

La couleur est parfois un élément de trouble, comme j'en parle précédemment, un agent déstabilisant. Mais à contrario, cela peut également avoir un sens particulier, pour renforcer une idée, un sentiment ou une direction.

Je pense en regardant tes illustrations aux grands caricaturistes, aux dessins de journaux comme Daumier mais aussi à la folie des dessins surréalistes ou encore les univers totalement loufoques de Bosch…

 

La satire, l’humour grinçant laisse parfois aussi place à la poésie…

Tes dessins de foule sont impressionnants. Tu as un vrai sens du détail.

Mais qu’elles sont tes références ? Tes coups de cœur ?

D'abord, merci pour les références, je me sens tellement loin de ces maîtres. Je suis un grand admirateur de Bosch, des peintres flamands  en général. Je pense aussi aux dessinateurs satiriques comme Topor, certains dessins de Dali me touchent également.  Les graveurs comme Dürer aussi. Si mon rapport est réellement lié au dessin et à la peinture et non à la gravure, j'aime le rendu, l'aspect 'gratté' de cette dernière.

J'aime me situer entre dessin de presse, voire de bande dessinée, je pense à Reiser, Edika, Blutch... et dessin d'art.

En cela Topor est vraiment intéressant, car il me semble avoir les pieds dans les deux mondes, le milieu populaire avec une satire directement encrée dans le social et le monde peut-être plus fermé et élitiste de l'art, une pensée surréaliste, quelque chose de noir qui vient soulever le voile, par

 

fois provoquer, mais aussi élever la pensée.

Je viens également d'acheter un ouvrage sur Omer Bouchery, un dessinateur Lillois qui a vécu à Lille et Paris. J'aime sa précision, la justesse de son trait, le côté populaire et socialement encré de ses scènes de vie croquées sur le vif. Il y a vraiment une vie dans ses dessins. C'est beaucoup plus académique que Topor, on est pas à la même époque non plus mais c'est tout aussi intéressant.

 

dessin 5

 

 Merci Loïs,

A demain pour papoter musique et bien d'autres choses encore...

 

En attendant de te retrouver, les curieux peuvent aller visiter ta page facebook

dessin 4

 

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La citation du jour: Ellsworth Kelly

"J'ai commencé à m'intéresser aux oeuvres en relief en 1949. En 1951, j'ai réalisé mes premiers tableaux composés de toiles jointes; chaque panneau n'a qu'une seule couleur, la couleur et la forme étant l'unique contenu de l'oeuvre."

Ellsworth Kelly

 

 

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mardi 21 octobre 2014

La citation du jour: Bertrand Lavier

"Je ne fais pas table rase, je monte sur la table."

Bertrand Lavier

 

 

http://franatole.free.fr/images/objet/lavier-frigo.jpg

 

Bertrand Lavier, Brand sur haffner, 1984

dimanche 19 octobre 2014

La citation du jour: Thackeray

"Quand une personne est trop pauvre pour avoir une servante, quelque élégante qu'elle soit, il faut bien qu'elle balaye sa chambre elle-même ; quand une jeune personne n'a pas de mère pour négocier ses affaires avec un jeune homme, il faut bien qu'elle s'en occupe elle-même."

 

Thackeray, La foire aux vanités

 

Vanity fair, la foire aux vanités : Photo Mira Nair, Reese Witherspoon



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