lundi 9 janvier 2012
Le horla m'a attrapée!
Sous la forme d'un journal intime, Maupassant nous fait sombrer dans la folie en suivant étape par étape les différents symptômes de son narrateur. Souvent qualifiée de "fantastique", je la trouve au contraire très réaliste dans sa façon de raconter de l'intérieur le sentiment d'angoisse croissant d'un homme sombrant dans la paranoïa. Et tout le talent de Maupassant est là: dans sa capacité à nous attraper avec son horla. Toutes les peurs de l'enfance ressurgissent. Vous savez cette époque où un monstre était caché , sous le lit, ou dans le placard et n'attendait que le sommeil pour sortir à pas feutrés de sa cachette...
C'est un peu ce qui se passe ici. Le narrateur se sent guetté, épié. Il tend l'oreille à l'affut du moindre bruit. Il tente de capturer ce monstre qui boit son verre lorsqu'il a le dos tourné, quitte à se prendre dans son propre piège. Le horla, ce double qui est à la fois "hors"de soi et en soi (là). Un monstre auquel on peut difficilement échapper. Le narrateur a beau fuir, au Mont Saint Michel ou à Paris, ce monstre le poursuit où qu'il aille.
Un sentiment de déréalité et un trouble de l'identité envahissent le narrateur qui ne se reconnaît plus dans le miroir, dont la propre image est vécue comme altérité.
Pour écrire cette nouvelle, Maupassant s'est sans doute inspiré des observations de Charcot dont il suivait les cours à la Salpétrière. Mais ce horla a fini par prendre à son tour possession de l'auteur après avoir anéanti le personnage qui a laissé son journal inachevé, Maupassant s'est à son tour fait prendre au jeu de la bête de folie et se suicidera quelques années après avoir écrit cette nouvelle.
J'ai adoré cette plongée dans les abîmes de la personnalité troublée de cet homme. C'est un bonheur de se laisser gagner par un supsense dans lequel on bascule dès les premières pages. C'est rare qu'un livre soit aussi intense en si peu de mots..
Petite anecdote personnelle: j'ai lu le Horla pour la première fois au collège, j'habitais à cette époque non loin de la forêt deRoumare où se déroule la ballade qui vire au cauchemar du narrateur. Il est vrai que les forêts normandes peuvent avoir cette beauté effrayante. Ce qui est sûr c'est que depuis je ne regarde plus ce bois de la même façon...
EN +
* On parle d'une adaptation cinéma qui serait tournée été 2011 avec Yvan Attal... affaire à suivre
* Vous verrez apparaître sous ce billet des citations extraites du livre en cliquant ici.
*A découvrir le Blog de Pascal Hennion
* Cette lecture du Horla s'inscrit dans le cadre d'une LC pour le challenge des fous avec
* A lire également les billets de imerege ,Mazel (présentation du livre et de l'auteur)

Ce livre bien sûr, s'accorde tout à fait avec le Challenge Maupassant chez Le Bruit des pages

Commentaires
tellement aimé que j'ai gardé le livre sous le coude pour lire les autres nouvelles fantastiques... bises
J'aime beaucoup cette nouvelle j'ai dû la lire au moins 5 fois ! exemple type de la nouvelle fantastique du XIXème !
Je fais mon bille demain car aujourd'hui je manque de temps.
Bonne soirée
Alors là, c'est vraiment le roman type pour ton challenge ! Si j'ai été une fois dérangée par un livre, c'est bien celui-ci ! Quel malaise...
Combien de fois j'ai pu lire cette nouvelle !!!?? Troublée du début à la fin, de ce magnifique bateau d'un blanc immaculé qui passe au loin, à l'incendie qui se devait salvateur et qui au contraire attise la folie de cet homme jusqu'au point de non retour.
Extraordinaire s'il y a un film qui en est tiré !!
L'un des premiers "classiques" que j'ai pu lire. J'avais une douzaine d'années et qu'est ce que j'avais aimé.
tu m'as donné envie de m'y replonger!
@ mazel: tu as bien raison! Je ne connais pas bien ses autres nouvelles "fantastiques" mais j'en aime d'autres comme Boule de suif, l'héritage, La petite Roque, ... Tu me diras ce que tu as aimé, que je te pique des titres
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@ george: on ne s'en lasse pas... j'ai du la lire tout autant
@ astrid: ça marche, j'actualiserai ton lien pour que ça tombe sur le bon billet
@ perrine: je suis d'accord avec toi, il est angoissant. Le seul qui m'ait fait le même genre de sensation c'est La mort d'Olivier Bécaille de Zola
@ sév: j'espère que ça sera le cas... c'est vrai que cette nouvelle est pleines d'images alors il y a matière à un très bon film
@ paupiline: je l'ai lu au collège et j'ai de nouveau apprécié cette lecture, alors je ne saurai que trop te la conseiller
Merci beaucoup pour m'avoir motivé à redécouvrir ce classique.
Je vais surement aussi lire les autres nouvelles fantastiques présente sur mon livre papier !
je file voir ton avis alors!
Je me l'ai lu il y a assez longtemps et j'en garde toujours des frissons, je devrais peut-être le relire pour voir
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Je l'ai lu au collège et j'ai eu si peur ! je m'en souviens encore... Et puis je l'ai relu en formation quand je bossais en psychiatrie : on a tout décortiqué, analysé,travaillé en profondeur... On était dedans et dehors à la fois, fou et soignant, c'était passionnant !
@ aymeline: cela a marché pour moi, toujours le même frisson des années plus tard
@ cath: ça devait être passionnant de l'étudier de cette façon là
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