En ce moment la Mairie de Paris par le biais du collectif Événementiel "Art & Handicap" propose une exposition d' "Art brut" à l'Hotel de ville. L'occasion de s'interroger sur ce qui fait art ou pas. Ce qui mérite d'être exposé ou non. Et si la question se situait encore ailleurs? 

En partenariat avec des associations, des centres et des hôpitaux, la mairie de Paris réalise donc un parcours court mais d'une richesse incroyable tant les créations varient aussi bien dans leurs thématiques que dans les médiums utilisés.  L’édito se défend de proposer des créations réalisées en ateliers dans une portée thérapeutique (type art thérapie), mais l'on sent bien que cela ne peut être réduit non plus à une optique  récréative. Appeler l'exposition art brut c'est déjà soulever de nombreuses problématiques! 

KOHN RICHARD, LES DRAGONS, 1990

KOHN RICHARD * LES DRAGONS *1990

 

 

Revenons donc au point de départ: qu'est ce que l'Art brut?

On pourrait dire que c'est un art réalisé par des artistes autodidactes, ou du moins qui s'écartent des circuits d'apprentissage traditionnels. On l'appelle alors brut car sans ces "connaissances" techniques et/ou théoriques, ces artistes s'écartent des codes de la création. Les œuvres ne sont pas excentriques car "bizarres" mais parce qu'elles sont hors système.  C'est cet aspect qui a plu à Dubuffet notamment car cela permettait de trouver une liberté d'expression.  

Deuxième façon de définir l'art brut serait de dire que c'est un art d'expression. Il n'y a pas de visée conceptuelle mais une nécessité de créer, de donner forme. Dans ce cas là, on comprend mieux pourquoi dans le parcours d'exposition on ne trouve pas seulement des peintures, sculptures mais aussi des créations s'approchant d'avantage de l'objet, notamment de la poterie. 

Ici les choix des médiums sont sans doute influencés par les propositions des lieux où ils sont réalisés. Chacun à sa spécialité donc: peinture, dessin, terre... peu importe, chacun s'empare de la matière pour la transformer en quelque chose qui lui ressemble. Cela peut prendre aussi la forme de mots, peints sur une toile ou réunis sous forme de texte lors d'un atelier d'écriture. Ou de mots dits de façons poétiques que l'on entend en se promenant dans le parcours. 

BILLY Roxane

BILLY ROXANE * TOURBILLON * 2009

 

La visite vaut donc le détour. Aussi bien par la richesse et la qualité des productions présentées que par les efforts scénographiques. Une mention spéciale pour les œuvres retranscrites en relief par une école ... Il est plus qu'intéressant de voir ce paradoxe d'étudiants qui comme exercice reproduisent des créations d'artistes qui eux n'ont pas appris comme il le ferait en faisant des croquis de maîtres au Louvre.  

CURLY Vincent

CURLY VINCENT * CRANE COSMIQUE VIOLET*2012

 

 

Jolie idée aussi les "petites cabanes" qui plongent le visiteur dans le noir et l'incite à mettre sa tête dans ouvertures afin de d'établir un contact direct avec les créations éclairées un peu comme des autels. Certes cela pourrait être remis en cause car cela évoque à la fois le sacré et les amalgames entre arts bruts et arts premiers mais d'un point de vue esthétique c'est très réussi! 

Enfin l'exposition est aussi une occasion de découvrir l'artiste MEB, reconnu par Ionesco mais ignoré du monde de l'art de son vivant... Et cette question de la reconnaissance, c'est bien aussi l'une des problématiques de l'art brut, non? 

 

Pour en savoir plus, n'hésitez pas à aller visiter le site http://absolumentexcentrique.tumblr.com/