Lundi débutera la dernière semaine du festival consacré à la ville de Johannesburg dans l'enceinte de la Gaité Lyrique. En cette année de l'Afrique du sud, c'est Jozi qui est l'invitée du centre d'art dédié à la création et au numérique. Pendant 4 semaines, on a pu découvrir toute une palette de couleurs d'expression: concerts de kwaito, ateliers de danse, conférences, projections de photo (Liam Lynch, Ed Suter, Roger Ballen)  et aussi installations.

 

La journée d'hier était particulièrement réussie. Avec au programme une rencontre avec la photographe Zanele Muholi qui explore la question du genre mais surtout de l'homosexualité dans un pays où la discrimination pour orientation sexuelle est encore forte. Les portraits projetés au foyer historique dressent des images de personnes qui s'assument, toutes en contrastes noirs et blancs.

Autre événement qui m'a particulièrement marqué: la performance d'Athi Patra Ruga intitulée The future white woman of Azania.

La déambulation de l'artiste a commencé dans la rue comme une fête. Chaussé d'escarpins aux talons vertigineux, le performeur était couvert de ballons jaunes et or. La vue coupée par tout ce plastique, la démarche peu assurée il a monté les escaliers. S'arrêtant au fil des marches pour percer d'une main griffue les fameux ballons remplis de paillettes et confettis dorés. Arrivé au deuxième étage, s'emparant de la scène et du micro, il a entamé une danse rythmé, un rien macabre, suffoqué par ce déguisement imposant. Révélant son corps d'homme au fur et à mesure que les ballons sont éclatés, à la force de sa main gantée, ou de ses souliers. Le bruit tonitruant des ballons martèle le silence comme des coups de fusils ou des feux d'artifice. Violence? Joie? Les sentiments se mêlent. Le souffle se fait court. La voix devient cri, complainte. La performance est finie. L'artiste a perdu cette enveloppe étouffante. Il ne reste qu'un homme fier sur des talons de femmes. Un moment intense et beau.

Aujourd'hui, c'est le dernier rendez vous avec les habitants du quartier de Yeoville. Un écran fait office d' "Extended mirror" et permet de dialoguer tout l'après midi en direct du café internet du township. L'occasion de partager des points du vue et de poser des questions via un photomaton qui avait été installé par les artistes Terry Kurgan, Tegan Bristow et Guylan Melki,  pour recréer du lien social entre voisins suite à des violences xénophobes en mai 2008. La photo réalisée est donc un autoportrait dans un premier  temps, puis une main tendue vers l'autre dans un second puisque via l'écran tactile on peut inclure une question sur le tirage.

Les autres installations à découvrir aussi sont la chambre sonore transformée en taxi bus, moyen de transport parallèle développé suite à la pénurie de moyen de transports urbains collectifs et leur prix excessif. Au volant, MJ Turpin et Joao Orecchia: L'occasion pour les "chauffeurs"  de partager avec les voyageurs une sélection de sons au fil des arrêts.

Les écrans de la Gaité, et particulièrement ceux du centre de ressources ont quant à eux été piratés par des artistes hackers (The Cuss Show) qui s'approprient les lieux publics de cette manière. Le hacking, à la manière du street art, devient une autre façon de vivre dans des endroits collectifs pouvant parfois apparaître comme hostiles puisqu'appartenant à une institution. C'est d'ailleurs une des pistes de réflexions qu'avait proposé la gaîté lyrique dans l'exposition Mal au pixel. Retrouver cette idée dans la création contemporaine de Johannesburg c'est montrer aussi une image moderne et mutante de la ville.

Enfin au deuxième étage on trouve également la fresque City of God, réalisée par des auteurs de bd du collectif Bitterkomix, avec notamment des petits clins d'oeil à Tintin assez déroutant.

 

Ce festival m'a donné envie d"en savoir plus sur Joburg! Et vous?